Pourquoi l’armée israélienne tue les journalistes ?

Depuis des décennies, les journalistes à Gaza, au Liban ou ailleurs paient le prix le plus lourd de la guerre. Ils ne sont pas seulement des témoins : pour l’armée israélienne, ils sont des obstacles, des gênes, parfois des cibles. Fatima Ftouni et Anas Al Sherif sont parmi les premiers noms qui viennent à l’esprit. Mais, ils ne sont qu’une fraction des centaines de journalistes assassinés ou pourchassés. Shireen Abu Akleh, Ghassan Najjar et d’autres sont tombés dans l’exercice de leur travail. Ils ne portaient que la caméra ou le micro pour montrer ce que le monde refuse souvent de voir. Leur mort n’est pas accidentelle. Elle révèle une logique froide, militaire et idéologique, qui tue ceux qui osent témoigner.
La guerre contre la vérité : le calcul meurtrier de l’armée israélienne.
L’armée israélienne cherche avant tout à contrôler le récit et à dominer l’information. Chaque journaliste tué est un témoin de moins. Chaque mort réduit la capacité du monde à voir les crimes commis, les enfants bombardés, les maisons rasées. Limiter les images indépendantes permet de propager sa propre version de la guerre. Dans ce contexte, la suspicion est constante. Même ceux identifiés comme journalistes, comme Ghassan Najjar, sont accusés de transmettre des informations.
Cette accusation, réelle ou inventée, devient un prétexte pour justifier des frappes directes et des bombardements ciblés. La peur elle-même devient une arme : tuer un journaliste envoie un message clair aux autres, un avertissement silencieux pour que personne n’ose filmer ni témoigner. Dans les zones urbaines surpeuplées, les règles d’engagement floues prétendent parfois protéger les civils, mais ne protègent jamais les reporters. Chaque frappe est un calcul, parfois présentée comme accidentelle, parfois comme nécessité militaire, mais le résultat est toujours le même : la mort.

Cette guerre fonctionne aussi sur la tolérance implicite aux dommages civils. Dans cette doctrine, les morts civiles, les enfants, les journalistes, sont acceptés comme dommages collatéraux. Tuer un reporter devient banal, presque mécanique, justifié par le “but militaire”. Et quand il y a des tirs mal identifiés, des ordres interprétés à la lettre ou des comportements individuels sur le terrain, l’absence de sanctions visibles renforce l’impunité et transforme la violence en routine. Les frappes qui tuent Anas Al Sheri, Fatima Ftouni et tant d’autres se répètent sans enquête crédible, sans responsables punis, créant un climat où l’on peut agir en toute sécurité contre ceux qui osent révéler la vérité.
L’idéologie et la mentalité suprémaciste qui tue.
Mais au-delà de la stratégie militaire, il y a une dimension idéologique. Cette armée et certains secteurs de la population fonctionnent dans une mentalité qui déshumanise les Palestiniens, les habitants du Sud-Liban et toute personne considérée comme “autre”. Dans cette logique, tuer un journaliste n’est pas un crime, c’est un acte de routine, une neutralisation d’un obstacle. Cette déshumanisation est renforcée par une doctrine suprémaciste : certains officiers et segments de la société considèrent ces peuples comme inférieurs, presque comme des obstacles naturels à éliminer. Dans ce contexte, tuer des journalistes, des enfants ou des civils devient banal, accepté, mécanique.

Fatima Ftouni, Anas Al Sherif, Shireen Abu Akleh, Hossam Shabat et tant d’autres ne sont pas de simples noms. Ils sont les symboles de la vérité réduite au silence, des témoins que l’on tue pour effacer la mémoire. Leur mort illustre ce que le monde refuse de voir, ce mélange de stratégie, de peur, d’impunité et de suprématie idéologique. Chaque reporter tué rappelle que cette machine de guerre ne tolère aucun témoin, aucune voix libre. Et moi, je le crie : le monde ne peut plus détourner les yeux. La vérité de ces journalistes, leur courage, leur humanité, doit être gravée, entendue, rappelée. Le sang versé ne peut pas devenir un simple chiffre, car derrière chaque nom, il y a une vie, un visage, une vérité que l’armée israélienne voulait réduire au silence.
