Ce matin, Achrafieh s’est réveillée au son des cloches du Saint-Sauveur et au parfum d’encens.
Comme chaque année, la paroisse du Saint-Sauveur célébrait sa fête patronale. Un moment attendu par les fidèles du quartier, symbole d’union, de tradition et de foi profonde. J’y étais, émue et reconnaissante, témoin d’une cérémonie empreinte de lumière et de ferveur.



La messe au Saint-Sauveur fut présidée par l’archevêque Georges Bakouni, entouré du prêtre de la paroisse, le père Jimmy Kfoury, et d’un grand nombre d’autres prêtres venus de différentes paroisses et monastères du Liban .
Dès les premiers chants, un souffle sacré semblait envelopper l’église. La nef vibrait sous la voix du chœur. Tandis que, l’encens s’élevait lentement, comme un lien invisible entre le ciel et la terre.
Chaque mot prononcé par l’archevêque Georges Bakouni portait une intensité particulière. Il a parlé d’unité, de fidélité à la foi malgré les épreuves, et de cette lumière intérieure que rien ne peut éteindre, même au cœur des tempêtes. À travers ses paroles, on sentait l’amour sincère d’un pasteur pour son peuple. Le père Jimmy, quant à lui, accueillait chaque fidèle avec un sourire empreint de bienveillance. Sa voix, calme et assurée, accompagnait les prières avec une douceur qui touchait l’âme.
Dans les bancs, les habitants d’Achrafieh étaient venus nombreux. On reconnaissait des visages familiers, des familles entières, des anciens du quartier, mais aussi des représentants du monde économique et politique, venus partager ce moment de recueillement. Tous, sans distinction, unis dans la même ferveur. Il y avait cette émotion rare, celle d’une communauté rassemblée autour de ses valeurs et de sa foi.



Après la messe au Saint-Sauveur, la convivialité a pris le relais.
Dans une atmosphère d’amitié et de respect, tout le monde s’est retrouvé autour d’un déjeuner préparé avec soin. Sur les grandes tables, les plats se succédaient comme une célébration de la générosité libanaise : kibbehs farcis au hommos et moutabal, riz parfumé aux amandes grillées… Les chefs, vêtus de blanc, soulevaient leurs couvercles comme on dévoile une œuvre d’art. Les conversations se mêlaient aux rires, les souvenirs aux projets. On sentait dans cette rencontre une chaleur humaine que rien ne peut remplacer.
Entre deux discussions, certains évoquaient le passé glorieux du quartier, d’autres parlaient de la nécessité de préserver cette flamme spirituelle au cœur de Beyrouth.
Car l’église Saint-Sauveur n’est pas qu’un lieu de culte : c’est un symbole de continuité, un repère pour des générations d’Achrafeïstes qui y ont prié, baptisé leurs enfants, ou dit adieu à leurs proches. Elle incarne la mémoire et la résilience d’un Liban profondément attaché à ses racines chrétiennes et à son esprit de tolérance.
En observant l’archevêque Georges Bakouni serrer les mains des fidèles, on devinait la reconnaissance partagée.

Les regards, les gestes, les sourires — tout parlait de gratitude. À ses côtés, des femmes élégantes, des aînés au regard vif, des jeunes venus prêter main-forte à l’organisation. Ce mélange de générations et d’histoires donnait à la fête une dimension presque poétique.
Au-delà du rituel, c’est l’émotion humaine qui dominait. Chaque bénédiction semblait caresser les cœurs. Chaque chant faisait écho à une mémoire commune. Dans un Liban en quête d’équilibre, ces moments d’unité deviennent essentiels, comme des parenthèses de paix au milieu du tumulte.
Le déjeuner s’est prolongé dans une ambiance détendue. Les conversations se sont ouvertes sur des sujets de vie, de famille, de projets d’avenir. Beaucoup ont salué l’excellence du service et la présentation raffinée. Et tandis que le soleil déclinait doucement sur les hauteurs d’Achrafieh, une impression persistait : celle d’avoir vécu bien plus qu’une fête religieuse — une rencontre d’âmes, un instant suspendu entre tradition, foi et élégance.

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