Entrer dans l’hiver en musique.
À Beyrouth, certaines soirées semblent suspendues hors du temps. Samedi 29 novembre 2025, l’Église Saint-Joseph de Monnot deviendra le théâtre d’une nuit où la musique lyrique embrassera la ville. L’ouverture du Beirut Chants 2025 n’est pas un simple événement culturel. C’est une célébration en musique de la beauté, de la solennité et de cette élégance discrète que seuls les arts sacrés peuvent offrir. Dans une atmosphère déjà habitée par l’attente de Noël, les voix s’apprêtent à dialoguer avec la pierre, la lumière et l’émotion pure.




Une ouverture en musique qui place la barre très haut.
Pour marquer le lancement du festival, deux chœurs prestigieux uniront leurs timbres : le Antonine University Choir et le Notre Dame University Choir. Ils seront accompagnés par la Lebanese Orchestra. À la baguette, on retrouvera le maestro Toufic Maatouk OAM, figure incontournable de la scène chorale libanaise. Sa direction apportera une lecture à la fois élégante et profondément spirituelle au programme.
Le choix des œuvres, profondément ancré dans la tradition occidentale de l’Avent, inscrit cette soirée sous le signe du sacré. L’Oratorio de Noël, Op.12, de Camille Saint-Saëns, et le lumineux Davide Penitente, K.469 de Wolfgang Amadeus Mozart. Deux partitions qui soulèvent le cœur autant qu’elles l’apaisent.
Saint-Saëns : la douceur de l’attente.

L’Oratorio de Noël de Saint-Saëns ouvre la soirée avec son velours sonore. Composé en 1858, ce chef-d’œuvre se distingue par sa tendresse et sa profondeur. Son écriture évoque davantage un recueillement intime qu’un triomphe spectaculaire.
Les voix des solistes — Fanny Soyer (soprano), Rosa Bove (mezzo-soprano), Grace Medawar (alto), Jean Miannay (ténor) et Mario Tahtouh (basse-baryton) — s’élèveront dans un équilibre délicat, tissant un dialogue subtil avec les cordes et l’orgue. L’orchestre, sous la direction de Maatouk, offrira une transparence sonore si essentielle à l’œuvre. Chaque nuance compte et chaque souffle porte un éclat d’espérance.
Dans l’acoustique si particulière de l’église Saint-Joseph, ces pages prendront une dimension presque mystique. Le public entrera dans une zone de douceur, de lumière intérieure. La musique ouvrirait la porte entre le monde et le sacré.
Mozart : la splendeur de la ferveur.

Après la tendresse de Saint-Saëns, la soirée s’élancera vers une toute autre énergie avec le Davide Penitente, l’une des œuvres chorales les plus brillantes de Mozart. Vibrante, virtuose, solaire, cette pièce exige un dialogue exceptionnel entre chœur, solistes et orchestre.
Ana Maria Labin, Rosa Bove — qui brille ici dans un double rôle — et Jean Miannay porteront cette partition lumineuse. L’élégance mozartienne s’y déploie pleinement. On y retrouve des vocalises aériennes, des crescendos lumineux et un souffle spirituel qui reste clair, malgré le titre de l’œuvre.
Dans l’église, l’effet sera saisissant. La ferveur de Mozart répondra au recueillement de Saint-Saëns, comme deux faces d’une même quête : celle d’une humanité qui cherche à comprendre le divin par la beauté.
Quand la lyrique raconte le Liban.
Ce qui rend la lyrique au Liban si unique ne tient pas seulement à la qualité des interprètes. Ni à la richesse du répertoire. C’est surtout la façon dont ces soirées s’inscrivent dans une culture où l’art devient une résistance douce, élégante et profondément humaine.



Dans un pays marqué par l’incertitude, offrir une soirée où les voix s’élèvent vers la lumière a une grande portée. C’est un geste symbolique. C’est dire : « Nous sommes encore là. Nous créons encore. Nous célébrons encore. »
L’élégance comme signature.
La soirée d’ouverture du Beirut Chants 2025 promet d’être un moment rare où se rencontrent excellence musicale, patrimoine architectural et émotion collective. L’élégance y réside dans chaque détail : l’épure des œuvres, la précision des chœurs, l’aura des solistes, la direction inspirée du maestro Maatouk, et la magie intemporelle d’un lieu où la musique se fait prière.
À Monnot, ce samedi soir, le Liban ne se contentera pas d’écouter la musique.
Il la vivra.

4 commentaires
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