Dans Green Line, son premier long-métrage documentaire d’animation coproduit par la France, le Liban et le Qatar, Sylvie Ballyot explore avec une délicatesse bouleversante les souvenirs d’enfance de Fida Bizri, née à Beyrouth dans les années 1980, alors ravagée par la guerre civile. Le titre fait référence à la célèbre ligne verte qui séparait Est et Ouest Beyrouth, et qui devient ici la ligne de démarcation d’une mémoire morcelée, traumatisée.

Par le biais de maquettes miniatures, de voix off authentiques et d’une animation subtile, la réalisatrice tisse un récit où la tendresse côtoie la terreur, où l’intime se heurte à l’absurde violence du conflit, donnant corps aux souvenirs, aux contradictions, aux douleurs enfouies. Mais ce qui marque profondément le spectateur, c’est ce que la guerre révèle de l’humain — ou plutôt de l’inhumain.
Plus qu’un témoignage, ce film incarne une traversée intérieure, où la fameuse ligne verte devient la frontière mouvante d’une mémoire fragmentée, hantée par les silences et les éclats d’un passé qu’aucun livre ne saurait entièrement dire.
Une voix troublante : une combattante, la Vierge, et des balles.
Parmi les récits recueillis dans le film, l’un des moments les plus troublants – et glaçants de film : celui d’une ancienne combattante chrétienne, aujourd’hui décédée, qui raconte avec un calme désarmant et un sourire presque candide que la Vierge Marie l’aurait protégée et l’aurait aider à « tuer des Palestiniens ». Ce témoignage, déconcertant, est livré sans honte, un aveu qui semble hors du temps. Ce témoignage, comme un acte de foi et de guerre entremêlés, un aveu, semble hors du temps, comme si la guerre, la religion et la folie avaient fusionné dans un même récit.
Personnellement, j’ai eu un malaise profond en entendant cette déclaration. Comment une personne peut-elle associer la figure de la Vierge, symbole de paix, de miséricorde et de maternité, à des actes de mort ? Comment la foi peut-elle être instrumentalisée à ce point, jusqu’à devenir une justification pour tuer ?

Ce n’est pas seulement une dérive individuelle. C’est le reflet d’un conditionnement, d’un lavage de cerveau identitaire et religieux, où l’autre devient une menace, un “ennemi” à abattre, même si cet autre est un enfant, une famille, un voisin.
Mon avis ?
Ce passage m’a secouée. On y voit la limite entre croyance et délire, entre patriotisme et fanatisme. Cette femme n’est ni monstre ni héroïne. Elle est le produit tragique d’un contexte où le fanatisme a parfois justifié l’injustifiable. Et le film ne juge pas, il montre. Ce qui est peut-être encore plus puissant. On sort de cette scène avec un mélange de dégoût, de pitié, et de vertige. Comment en arrive-t-on là ? À croire que la Vierge bénirait des crimes ? Cette scène illustre à merveille le drame libanais : un peuple pieux, cultivé, raffiné… capable pourtant de sombrer dans une violence mystique et irrationnelle
Green Line, un film nécessaire, mais dérangeant Une œuvre politique et poétique.
Sylvie Ballyot ne fait pas un film de dénonciation, mais un film d’évocation. Elle laisse les images et les voix raconter. Elle ne plaque pas un discours, mais crée un espace où les souvenirs – même dérangeants – peuvent exister.
Green Line est une œuvre fragile et forte à la fois. C’est un acte de mémoire nécessaire, surtout dans un Liban où le passé est encore réécrit. On sent dans chaque plan l’amour pour un pays perdu, et la douleur de l’avoir vu se déchirer de l’intérieur.

Green Line ne juge pas, mais expose. Il laisse le spectateur face à ses propres questions, à ses propres démons. C’est un film pudique, mais qui frappe fort. Et cette voix — celle de cette femme guerrière devenue presque mystique — résonne comme un écho de ce que la guerre fait aux âmes.
Le choix de l’animation est d’une rare justesse. Il permet à la fois la distance émotionnelle nécessaire et la liberté artistique pour reconstruire l’intime. Ballyot ne cherche pas à imposer une vérité, mais à faire entendre plusieurs vérités, parfois irréconciliables.
Une mémoire à soigner.
En montrant ces récits bruts, sans fard, Sylvie Ballyot touche à quelque chose de plus vaste. Elle vise la mémoire collective, le traumatisme trans-générationnel, la manière dont les récits de guerre continuent d’habiter les corps et les consciences.
Ce film m’a laissé sonnée. Non pas par l’horreur en elle-même — elle, on la connaît — mais par la banalité avec laquelle elle peut être racontée, et parfois même sanctifiée.
Si Vous cherchez un film qui ne vous explique pas quoi penser, mais qui vous fait ressentir, réfléchir, frémir. Alors Green Line est à voir absolument.
Et cette femme à la Vierge ? Elle est le reflet d’un pays qui a trop prié… et pas assez cru pour pouvoir guérir.

12 commentaires
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