Il y a des voyages qui laissent des éclats de lumière et des zones d’ombre. L’Égypte a toujours été pour moi un rêve ancien. J’ai marché dans Le Caire, vaste et bruyant, où les ruelles respirent l’histoire et l’éternité. Et puis, j’ai admiré la Vallée des Rois, sous un soleil qui semble ne jamais s’éteindre. J’ai contemplé Louxor et ses colonnes dressées comme des gardiens du temps. J’ai foulé le sable d’Alexandrie, bercée par la mer, nourrie de mémoire grecque et arabe. Et pourtant, un manque persiste. Je n’ai pas vu Taba.




Taba. Rien que ce nom est un souffle. Une caresse du désert mêlée aux embruns de la mer Rouge.
Une frontière entre le réel et l’imaginaire. J’aurais aimé y poser mes pas. J’aurais aimé voir cette rencontre entre les montagnes du Sinaï et l’eau cristalline. Il paraît que la lumière y est différente. Transparente. D’une intensité rare, comme si le ciel y avait déposé un secret.
Aujourd’hui, quand je pense à Taba, j’imagine une plage silencieuse. Le sable fin. Le bleu profond. Et ce sentiment d’être au bout du monde, mais au cœur de quelque chose de plus grand que soi. Taba n’est pas seulement une station balnéaire. C’est un seuil. Une porte ouverte sur la mer Rouge. Un lieu qui unit et qui sépare. Un lieu où la géographie devient poésie.
Il y a en moi un brin de regret. Pourquoi n’ai-je pas pris ce détour ? Comment ai-je pu laisser filer ce fragment du voyage ? Le temps est ainsi. Il nous donne des trésors, mais il nous rappelle aussi ce que nous avons manqué. Et Taba reste pour moi ce manque lumineux. Ce souvenir absent. Une ville que je porte sans l’avoir vue.


Je lis souvent des récits de voyageurs qui y sont allés. Ils racontent des eaux limpides, idéales pour la plongée. Ces récits parlent aussi des hôtels posés comme des mirages, entre désert et mer. Ils parlent surtout de cette atmosphère calme, presque suspendue. Rien à voir avec l’agitation des grandes villes égyptiennes. À Taba, on respire lentement. On laisse le silence entrer en soi.
Je me demande parfois si ce regret n’est pas une manière de garder Taba intacte. Comme une promesse. Comme un rendez-vous que je n’ai pas encore honoré. Après tout, certains lieux doivent rester en attente. Ils deviennent alors des moteurs d’espérance. Un jour, peut-être, j’irai. Et je verrai si la mer Rouge garde vraiment ses reflets d’émeraude au lever du soleil.


L’Égypte m’a déjà tant offert. Mais Taba représente pour moi ce qu’un voyage ne dit pas toujours : l’incomplétude. Parce qu’aucun voyage n’est total. Parce qu’il reste toujours une route, une plage, un horizon non parcouru. Et cette absence nourrit le désir. Elle rend le souvenir plus vibrant encore.
Je ferme les yeux et je m’imagine là-bas. J’entends les vagues douces. Je sens la chaleur du sable sous mes pas. Je regarde les montagnes brunes se découper contre le ciel clair. J’écoute le silence. J’accueille cette paix. Et soudain, le regret se transforme en poésie.
Taba, pour moi, est devenue une métaphore. Celle des choses qu’on n’a pas encore vécues, mais qui nous attendent. Celle des instants suspendus au bord du futur. Peut-être est-ce mieux ainsi. Car dans l’absence, il y a aussi une beauté. Une promesse intacte, que le temps n’a pas encore effacée.


Je me dis alors que Taba existe en moi, même si je ne l’ai jamais vue. Elle vit dans mes rêves, dans mes images intérieures, dans mes désirs de voyage. Et ce simple mot, Taba, suffit à réveiller ma soif d’ailleurs. C’est cela la force des lieux mythiques. Ils nous habitent avant même que nous y soyons allés.
Un jour, j’irai. Et je sais que ce jour-là, ce ne sera pas seulement une visite. Ce sera une rencontre. Une réconciliation avec cette absence. Une façon de boucler la boucle d’un voyage commencé il y a des années. Taba n’est pas encore dans ma mémoire vécue. Mais elle est déjà dans ma mémoire rêvée. Et parfois, le rêve est plus fort que le souvenir.

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