La tragédie moderne de Donia sur les planches libanaises.
Un héritage artistique puissant et une mise en scène vibrante.

Ziad Marwan Najjar perpétue la mémoire de son père en signant une œuvre théâtrale bouleversante ancrée dans notre réalité quotidienne : Donia. L’actrice Nada Abou Farhat incarne ce personnage complexe avec une intensité remarquable qui captive immédiatement les spectateurs de la salle. Elle est secondée par Christa Maida, étudiante à l’USEK et élève de la Najjar Academy depuis deux mille vingt-cinq. Cette belle collaboration insuffle une énergie nouvelle au paysage culturel libanais à travers des choix esthétiques audacieux et des performances mémorables.
Le spectacle commence par un réveil matinal où l’héroïne célèbre son café avec un humour sarcastique et délicieusement désabusé. Cette introduction pleine d’autodérision pose les bases d’un récit qui oscille entre légèreté apparente et blessures psychologiques profondes. L’utilisation d’une imagerie visuelle foisonnante permet de transporter instantanément le public de la chambre intime aux tumultes de l’existence moderne. Chaque détail de la scénographie souligne les paradoxes d’une femme cherchant à réconcilier ses aspirations personnelles et ses devoirs familiaux.
Donia : Les fantômes du passé maternel et la quête d’émancipation.

Donia porte les stigmates indélébiles d’une éducation rigide infligée par une mère marâtre incapable de lui offrir la moindre tendresse. Cette enfance marquée par la froideur et la sévérité excessive a brisé la confiance en soi devenue une femme tiraillée. Elle tente désespérément de fuir ce modèle castrateur en devenant l’exact opposé pour sa fille qu’elle protège à tout prix. Ce combat acharné pour s’aimer soi-même et guérir ses propres blessures constitue le cœur vibrant de cette performance théâtrale exceptionnelle.
Le texte adopte un style littéraire profond qui dissèque avec une lucidité féroce la transmission transgénérationnelle des traumatismes familiaux. L’humour sarcastique agit comme un bouclier indispensable pour supporter la violence psychologique subie face aux figures maternelles sans empathie. L’héroïne découvre à travers ses épreuves que l’amour véritable exige une réconciliation intime avec ses propres failles passées. C’est en acceptant sa vulnérabilité qu’elle parvient enfin à briser le cycle infernal de la maltraitance émotionnelle.
Les turbulences de la maternité face aux choix de la jeunesse.
La relation complexe avec sa fille prend une tournure dramatique lorsque cette dernière quitte le foyer pour vivre librement avec son amie. Le retour inattendu de la jeune fille enceinte plonge notre héroïne dans un abîme de panique face à l’inconnu. Elle-même fragilisée par un divorce douloureux et des épreuves insurmontables, elle se retrouve impuissante pour guider sa progéniture vers des solutions. Cette confrontation intergénérationnelle met en lumière la difficulté d’être parent dans un monde contemporain en proie à des mutations sociales extrêmement rapides.

Les jeunes femmes s’installent dans un appartement chaleureux où les rires et les discussions remplissent l’espace quotidien. Cet havre de paix éphémère vole en éclats lorsque le destin frappe à leur porte sous la forme d’une grossesse inattendue. Donia se retrouve face à un tourment qui ravive ses propres blessures et l’oblige à réagir immédiatement. Ziad Marwan Najjar réussit le pari de transformer une tragédie familiale en une ode lumineuse à la résilience et la liberté d’être soi. Le public quitte la salle bouleversé par la force de cette exploration psychologique menée par des comédiennes d’exception.

