Caroline Labaki s’impose aujourd’hui comme l’une des voix singulières du cinéma libanais.

Réalisatrice, actrice et productrice, Caroline Labaki a construit un parcours marqué par la sensibilité et l’engagement. Ses débuts furent liés à sa sœur, la célèbre Nadine Labaki, avec qui elle a collaboré sur plusieurs projets visuels. Mais très vite, Caroline a affirmé sa propre identité artistique. Elle a exploré des thématiques intimes et sociales à travers des courts-métrages et des publicités remarquées.
En 2020, elle participe à la série Beirut 6:07, consacrée à l’explosion du port de Beyrouth. Son film #175 est alors salué pour sa force émotionnelle et sa précision visuelle.
Cette étape confirme sa volonté de donner une voix aux réalités libanaises contemporaines. En 2025, elle signe son premier long-métrage, BornStars.
Un projet audacieux qui, soit disant, combine humour, critique sociale et regard tendre sur une génération en quête de repères.
BornStars se déroule à Beyrouth.
On y suit JD, un étudiant libano-américain de 22 ans. Il doit trouver 7 000 dollars en dix jours pour payer son dernier semestre universitaire. Son père ayant perdu son emploi, il se retrouve sans solution. Ses amis décident alors de l’aider.
Chacun d’entre eux porte son lot de contradictions. Ali, enfermé dans les attentes étouffantes de son père. Mazen, passionné de jeux vidéo, drôle mais marqué par les blessures du passé. Sam, vendeur de DVD piratés, bravache mais fragile. Et Shad, un acteur installé à Los Angeles, qui peine à décrocher des rôles. Ensemble, ils imaginent un plan extravagant : créer le premier site pornographique libanais.

Le projet de Caroline Labaki prend une ampleur inattendue.
Le site explose en popularité, déclenchant scandales et chaos. Une investisseuse arméno-américaine s’y intéresse et offre un financement de 10 000 dollars.
Mais très vite, la fantaisie se heurte à la réalité. Le choix d’une actrice principale devient un casse-tête. Une virée nocturne dégénère. Un drame éclate avec l’apparition d’une icône du X des années 1990, brisée et au bord du suicide.
Parallèlement, la police électronique, dirigée par l’inspecteur Bachir, resserre l’étau.
Sous couverture, elle piège les jeunes via un faux profil féminin. Le rêve vire alors au cauchemar. Les amitiés s’effritent. Le plan s’écroule. Le film bascule dans une dimension plus grave. Il ne s’agit plus seulement de rire, mais d’affronter le prix de leurs choix.
Techniquement, BornStars convainc.
La réalisation de Caroline Labaki est précise, rythmée, et d’une grande modernité.
Elle joue habilement entre écrans numériques et langage cinématographique classique.
Les transitions sont fluides. La photographie de Fadi Kassem apporte un réalisme vibrant. La bande sonore de Dani Bou Maroun soutient l’énergie du récit.
Le jeu des acteurs se révèle une belle surprise. Tony Eli Kanaan donne de la profondeur au rôle de JD. Noor Hajjar incarne Mazen avec humour et justesse. Ziad Saliba et Elie Najem complètent le tableau avec des performances crédibles et nuancées. Chacun apporte une touche authentique, ancrée dans la jeunesse libanaise d’aujourd’hui.
Cependant, le sujet du film de Caroline Labaki soulève des réserves.

L’idée de lancer un site pornographique paraît trop commerciale. Elle cherche surtout à provoquer, parfois au détriment de la sincérité. Le côté comique, censé porter l’histoire, semble forcé. Les situations drôles manquent de spontanéité. L’écriture privilégie l’effet et le scandale plutôt que l’humour naturel.
Au fond, BornStars oscille entre un regard sociologique pertinent et une stratégie de séduction commerciale. Le spectateur sort partagé. D’un côté, il admire l’audace visuelle et la maîtrise technique. De l’autre, il regrette que la légèreté promise devienne une mécanique artificielle.
Malgré ces limites, le film marque une étape. Caroline Labaki y affirme son style et son ambition. Elle ose filmer la jeunesse libanaise comme rarement auparavant. Elle aborde leurs contradictions, leur humour, leur désespoir. Et même si le rire n’est pas toujours au rendez-vous, le message reste clair. C’est un cinéma qui ose bousculer, quitte à diviser.
À conseiller? Pas vraiment.

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