Et si la vraie audace, c’était de chanter en arabe ? L’USEK l’a fait
À une époque où les tendances musicales se perdent entre algorithmes et autotune, l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK) a fait un pari audacieux : redonner vie au patrimoine musical arabe. Le 27 mai 2025, laSchool of Music and Performing Arts de l’USEK a organisé un concert intitulé « Bringing Classics to Life », un voyage envoûtant dans l’héritage sonore du monde arabe, dirigé par Dr. Ghada Chbeir, une référence en matière de chant traditionnel.

Ce concert n’était pas une simple succession de morceaux classiques. C’était un manifeste musical, une prise de position artistique forte : célébrer les trésors de la musique arabe dans toute leur authenticité.
Une soirée à l’USEK orchestrée avec ferveur.
Dès les premières notes du mouwachah « Ya zairi fi al-douha » (موشّح يا زائري في الضحى), composé et écrit par les frères Rahbani (al-Ikhwan Rahbani), le public a compris qu’il n’était pas face à une performance scolaire ordinaire. La maîtrise vocale du chœur, l’équilibre des voix et la justesse émotionnelle ont marqué les esprits.
Parmi les temps forts de la soirée, on retrouve des œuvres cultes comme :
- « Tazkour ya nassiy el-‘ahd » (تذكر يا ناسي العهد) – paroles et musique de Zakki Nassif.
- « Waledat bent el-moustachfa » (ولدت بنت المستشفى) – de Tawfiq al-Basha.
- « Saa’t zaman » (ساعت زمان) – encore une fois des frères Rahbani.
- « A‘ed a‘hed el-hawa » (أعد عهد الهوى) – une perle écrite par Abada al-Shamya et mise en musique par Malhem Barakat.
Certains morceaux ont été interprétés avec la participation d’artistes invités. La chanteuse Reem Tarabay a illuminé la scène en duo avec le chœur sur « Mouwachah ya dara el-wafa », une œuvre poignante de Najib Hankach et Khalil Rouayheb. Le baryton Andro Anton s’est également illustré sur « Allah ma‘ak ya bayt samed bel-janoub », un hommage vibrant au Liban du Sud.
Plus qu’un concert à l’USEK : une transmission culturelle.
Ce projet n’était pas qu’un hommage, c’était une mission pédagogique. Dr. Ghada Chbeir, experte en maqâmat et chant classique, a su transmettre aux étudiants la profondeur de ces œuvres. Chanter en arabe littéraire ou en dialecte traditionnel requiert non seulement une technique vocale précise, mais aussi une compréhension émotionnelle du texte.
Les instruments orientaux mis en avant — le oud, le qanoun et la derbouka — ont accompagné avec finesse les 16 pièces du programme, créant un équilibre subtil entre tradition vocale et richesse instrumentale.
Une sélection riche et engagée.
Le répertoire couvrait des thèmes aussi variés que l’amour, la fidélité, la douleur, l’exil, et l’espoir, avec des pièces comme :

- « Ana ‘indi hanin » (أنا عندي حنين) – par le duo Riadh al-Rihani / Sami al-Shawa.
- « Ba‘d sahar » (بعد سهر) – de Moustafa Mahmoud.
- « Lou biddé el-hawa » (لو بدي الهوى) – de Wadie‘ al-Safi.
- « El-masrah bel-leil hasanak » (المسرح بالليل حصانك) – texte d’Antoine Rahme et musique d’Elias Chouairy.
- Et bien sûr, « Yislam lana Lubnan » (يسلم لنا لبنان) – hymne vibrant de Walid Ghalmiya et Younes al-Ain.
Un public conquis et ému.
La salle était comble, les applaudissements nourris et les visages émus. Il ne s’agissait pas uniquement de divertissement, mais de mémoire collective ravivée. Le public – jeunes et moins jeunes – a vibré à l’unisson, confirmant que la musique classique araben’est ni dépassée ni poussiéreuse. Elle est vivante, puissante, et profondément contemporaine.
Et vous, que faites-vous pour préserver notre héritage ?
Ce concert est une invitation à repenser notre rapport au patrimoine. Faut-il tout moderniser pour exister ? Ou oser retrouver nos racines pour mieux avancer ? L’USEK a choisi la deuxième voie. Et vous, avez-vous déjà écouté un mouwachah en entier ? Savez-vous reconnaître une maqâm ? Partagez vos souvenirs ou vos chansons arabes préférées en commentaire — parce que la transmission commence aussi par la parole.

2 commentaires
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