Le film Vaiana, version live-action, est arrivé sur les écrans libanais.
Le rideau se lève : Vaiana (live-action) est à l’affiche, notamment chez VOX Cinemas et Cinemacity. Sous ses airs de carte postale tropicale et ses mélodies entraînantes, le film nous entraîne. C’est une odyssée maritime de deux heures. Mais derrière la proue du navire, ne serions-nous pas en train de regarder le naufrage programmé de l’autorité parentale emporté par le mirage de l’autonomie ?
Le mirage de l’autonomie et l’illusion du traumatisme paternel.
L’histoire est connue. Vaiana, fille du chef de Motunui, est tiraillée entre son devoir envers sa communauté et un appel irrépressible de l’océan. Son père, le chef Tui, tente de la maintenir sur terre. Il n’agit pas par sadisme mais, subit, psychologiquement, le traumatisme du survivant. Il veut protéger son enfant des abîmes qu’il a frôlés. Pourtant, chez Disney, la protection parentale n’est jamais une sagesse acquise. Elle est vue comme une pathologie qu’il faut vaincre.
La rébellion érigée en vertu.
Le film érige la désobéissance au rang de vertu cardinale. Le film érige la désobéissance en vertu cardinale. En brisant le tabou imposé par son père, Vaiana invalide l’expérience paternelle. La morale est une pilule amère enrobée de sucre. La rébellion contre les aînés devient le seul chemin vers soi. L’enfant se croit investi d’une intuition pure. Il se croit plus clairvoyant que ses parents. Le vécu des aînés est réduit à de simples peurs obsolètes.
Le mirage de l’autonomie : un danger de l’isolement narcissique.

C’est ici que réside le danger sociologique. Nous sommes en train de vendre à la jeunesse l’idée que la rupture est un acte héroïque, et non une mise en péril. En dévaluant la figure parentale — cette autorité qui, malgré ses failles, ses narcissismes et ses travers, porte en elle la mémoire du monde — le récit précipite le jeune spectateur dans une solitude narcissique. On lui murmure à l’oreille : “Ne les écoute pas, ils ont peur, tu es le seul maître à bord.” Mais dans la vie réelle, contrairement à l’écran, l’océan ne se calme pas toujours par magie pour ceux qui refusent d’écouter les marins expérimentés.
Une mutation tragique de la société.
Cette tendance reflète une mutation tragique de notre société, où l’enfant n’est plus celui que l’on « élève » vers une maturité consciente, mais un simple consommateur d’expériences. On oublie que la liberté ne naît pas de la table rase, mais de l’intégration de la sagesse des ancêtres. En encourageant cette marginalisation systématique de la parole parentale, Disney ne produit pas des citoyens libres, mais des individus désorientés, livrés à eux-mêmes dans une tempête de sollicitations incessantes.
L’arrogance face à l’abîme.
D’un point de vue d’humour noir, c’est presque savoureux : nous créons des générations qui se croient prêtes à dompter les dieux et les éléments, tout en étant incapables de comprendre que la survie dépend souvent de l’obéissance au père ou à la mère. La petite Vaiana réussit, certes. Mais dans la cour d’école ou dans le dédale des responsabilités d’adulte, combien de petits héros périssent noyés par leur propre arrogance, faute d’avoir accepté que la vieillesse, si elle ne peut plus, sait encore un peu ce que la jeunesse ignore totalement ?

Disney nous vend l’émancipation, mais il nous livre un mode d’emploi pour l’abîme. Une œuvre de haute précision pour préparer les enfants à ignorer les conseils de leurs aînés, juste avant qu’ils ne se retrouvent, seuls, face aux courants imprévisibles de la réalité. Bon film à tous, et n’oubliez pas : si vous faites naufrage, au moins, vous aurez eu l’air très courageux en ignorant les avertissements.
