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L’Emprise; un film culte

En surfant sur le net à la recherche d’un documentaire qui matérialise bien la personnalité du pervers narcissique ou mieux du vampire psychologique – et je préfère mieux cette dernière nomination parce qu’elle le scie parfaitement bien – je suis tombée sur un superbe téléfilm dramatique biographique franco-belge réalisé par Claude-Michel Rome en 2014, et diffusé en janvier 2015, l’Emprise ».

« L’Emprise » raconte le calvaire qu’a vécu Alexandra Lange, une femme touchante, qui, à l’aube de ses 18 ans, rencontre un homme, le premier de sa vie, dont elle va tomber littéralement sous le joug. Battue par ce mari, Marcello Guillemin pendant quatorze ans, elle se retrouve sur le banc des accusés des Assises de Douai pour le meurtre de ce même mari.

Alexandra Lange (jouée par Odile Vuillemin) assure, dans son livre-témoignage dont le téléfilm est adapté, « Je l’ai tué pour ne pas mourir ». « Elle l’a tué », à Marcello Guillemin, son mari violent (Fred Testot à l’écran), d’un coup de couteau à la gorge. C’était la nuit du 18 au 19 juin 2009. Ainsi, s’achèvent pour  cette femme docile et cette mère dévouée quatorze ans de violences conjugales.

Le téléfilm dramatique raconte son calvaire jusqu’au box des accusés. Jugée pour ce meurtre en mars 2012 par les Assises de Douai (Nord), Alexandra Lange, défendue par Luc Frémiot (Marc Lavoinee dans le rôle du procureur général) dont le poignant réquisitoire l’acquitta : « Ici, dans les cours d’assises, on connaît bien les auteurs des violences conjugales. De leurs victimes, on n’a le plus souvent qu’une image, celle d’un corps de femme sur une table d’autopsie. Aujourd’hui, dans cette affaire, nous sommes au pied du mur, nous allons devoir décider », « On n’a pas le droit de tuer, mais on n’a pas le droit de violer non plus. D’emprisonner une femme et des enfants dans un caveau de souffrances et de douleur. Mon devoir est de rappeler que l’on n’a pas le droit de tuer. Mais je ne peux pas parler de ce geste homicide sans évoquer ces mots des enfants : « Papa est mort, on ne sera plus frappés ». « Papa, il était méchant ». « Avec nous, il se comportait mal, mais c’était rien comparé à ce qu’il faisait à maman » poursuit-il. Puis, l’avocat rappelle qu’Alexandra Lange n’a porté qu’un seul coup à son mari, donc qu’il s’agit là de légitime défense. Il devance les doutes et les questions des juges, et c’est lui qui se met à les interroger : “Je sais la question que vous vous posez. « Mais pourquoi Alexandra Guillemin n’est-elle pas partie avec ses enfants sous le bras ? » Cette question est celle d’hommes et de femmes de l’extérieur, qui regardent une situation qu’ils ne comprennent pas et qui se disent : « Mais moi, je serais parti ! ». En êtes-vous si sûr ?”

En regardant « l’Emprise » pendant 1:52, non seulement, l’histoire vraie de cette femme battue par son mari pendant 14 ans de sa vie, m’a profondément touchée, mais aussi la réalisation, vraiment très réussie pour un téléfilm. Le réalisateur arrive parfaitement à créer les deux sentiments qu’un tel film doit arriver à créer: la compassion et la colère, et à booster cette révolte qu’on sent naitre en soi dès les premières scènes de violences auxquelles on ne s’attendait pas, et qui empirent crescendo.

Bien que la violence ne soit  pas filmée totalement, on a toujours les images terribles après coups de cette femme défigurée, ensanglantée par les percussions de son mari ou bien de cette enfant  au visage  écorché qui m’a fait pleurer. Un dégout nait en soi pour cet homme pervers, monstrueux et qui est bien présent au sein de notre société. Cette violence ne se limite pas seulement aux coups mais au verbe qui l’intensifie : les dialogues sont particulièrement blessants par leur dureté. Vient aussi, cette peur intense et quotidienne ressenti par les différentes personnes qui gravitent autour de ce drame familial.

Ce film se veut également très complet et apporte certaines réponses à de nombreuses questions que chacun se pose et que je me suis posée : “Pourquoi ne pas être parti après les premiers coups, assez rapides et d’une violence déjà inouïe?”. Mais cette jeune femme qui cherchait tellement liberté, indépendance, et amour qu’elle était prête à tout pour vivre avec cet homme marginal qui possédait charisme et séduction puisque, d’extérieur il avait de quoi faire rêver une gente féminine en quête d’une nouvelle vie, mais qui finit prisonnière de sa relation, du mensonge, du chantage, vit dans la peur, et ne cesse de se mettre à genoux lorsque son monstre de mari revient avec ses belles paroles et ses regards de chien battu.

Ce film est surtout un cri d’alarme envers toutes sociétés individualistes surtout toutes sociétés sexistes et ce superbe et émouvant plaidoyer de l’avocat général en fin de film : «  c’est toute la société…qui doit se sentir coupable quand ce genre de drame arrive: l’entourage qui n’a pas le courage de s’interposer ou de faire bouger les choses (comme cette voisine qui se cache derrière son linge étendue alors que la jeune enfant l’appelle à l’aide), les forces de l’ordre qui ne font rien lorsqu’elles arrivent sur place, et  surtout, cette assistante sociale qui n’offre qu’une nuit d’hôtel à une famille dont la mère est gravement blessée à cause des coups, sous prétexte qu’il n’y “a pas de places”. Ces victimes devraient pouvoir avoir le soutien nécessaire lorsque ces horreurs arrivent. Quelle honte de laisser cette femme et bien d’autres livrées à elles-mêmes dans la rue ou contraintes de retourner à leur domicile. Ce qui explique POURQUOI tant de femmes succombent tuées par leurs monstres de maris dans le monde. Pire, c’est quand on porte plainte et qu’on reçoit  peu de soutien, beaucoup de blâmes sociaux et même familiaux et des condamnations ridicules qui permettent à ces sous-hommes de sévir encore et encore…

Enfin, l’interprétation est chapeau à tous les acteurs surtout à Fred Testot qui nous a habitués  à  une autre catégorie de rôles, et l’actrice principale, Odile Vuillemin, dont le jeu parfait a pu me faire discerner la douleur et l’humiliation senties par cette pauvre victime. En un mot, je peux résumer que cette interlude psychologique que nous offre Claude-Michel Rome est un hommage à toutes les femmes battues en France et dans le monde entier.

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